Sustainability in hard luxury is coming for good

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09

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2022

- par

Céline Dassonville, ceo d'ethiwork

Depuis que j'ai quitté mon poste de directrice de la RSE de l'une des plus grandes marques de joaillerie, je suis fascinée par la recherche de solutions permettant d'intégrer la justice sociale et environnementale dans les chaînes d'approvisionnement de la mode et du luxe.

C'est une mission difficile, mais un voyage passionnant qui pourrait conduire à un changement systémique, à l'assainissement et à la régénération de l'écosystème, ainsi qu'à un meilleur partage des bénéfices.

Certains pourraient penser qu'il n'y a pas de problèmes de durabilité dans le secteur du luxe haut de gamme - regroupant à la fois la joaillerie et l'horlogerie - en raison de la tradition d'éco-conception des créations. Il est vrai que pour des raisons majoritairement économiques, les matériaux précieux sont rarement jetés ou gaspillés et que les designs et créations sont réalisés dans un souci de longévité et de transmission de génération en génération.

D’autres, comme les activistes environnementaux ou sociaux, accusent le secteur du luxe de greenwashing lorsqu'il prétend être un "luxe durable". Il est vrai que les activités d'extraction de métaux et de pierres précieuses et le très faible partage des bénéfices au sein de la chaîne d'approvisionnement n'ont rien de durable.

Cependant, après avoir remis plusieurs fois en question mon éthique, j'ai décidé que je voulais, grâce à ethiwork, consacrer mon énergie et mes efforts à rendre la justice sociale et environnementale compatible avec la beauté des créations joaillières et horlogères durables. Ces créations célèbrent notre humanité et notre nature, le mouvement pur et l'estime de soi et elles méritent d'être fabriquées avec un soin éthique. Je pense également que le secteur, en raison de son influence culturelle et économique, a une formidable opportunité d'allouer une partie de ses bénéfices à la réhabilitation de notre planète brûlante et épuisée et à la réduction des inégalités dans les pays qui dépendent du commerce des pierres et métaux précieux.

La difficulté rencontrée par le secteur du luxe dans la réduction de ses impacts environnementaux et sociaux négatifs est liée à l'opacité des chaînes d'approvisionnement. En effet, la plupart des pierres et métaux précieux extraient proviennent de pays politiquement et économiquement instables, corrompus et dans lesquels les droits de l’homme ne sont pas une réalité. C’est le cas de Madagascar ou du Myanmar dont sont originaires la majorité des saphirs et des rubis utilisés par l’industrie. De même, c’est en Afghanistan que l’on trouve le lapis lazuli de meilleure qualité et l’un des plus gros producteurs de diamants de mines, Alrosa, est une société russe détenue à un tiers par l’État russe…

Le secteur de l'horlogerie et de la joaillerie, contrairement à l'industrie de la mode, n'a pas eu son Rana Plaza. Malgré le film "Blood diamond", réalisé en 2006, très peu de changements ont été effectués et observés dans le secteur et personne ne sait ni ne comprend vraiment ce qu'est, signifie et fait le Processus de Kimberley. À l'époque, le processus de Kimberley était une initiative importante et nécessaire, mais elle n'a pas permis de résoudre les problèmes du marché. Depuis que le conflit russo-ukrainien a débuté en février dernier, l’actualité nous donne une parfaite illustration des limites de ce processus à relever les véritables défis auxquels est confrontée le secteur. À titre d’exemple de la définition lente et complexe des diamants russes en tant que “diamants de sang”. Pour plus d'informations sur ce sujet, je vous invite à lire cet article du New York Times qui met en évidence les failles du système actuel.

Par ailleurs, si pour la plupart des pierres précieuses, la qualité est garantie par des certificats spécifiques - tels que IGI, GIA - très peu sont certifiées afin de garantir des critères environnementaux et sociaux. L'origine des mines n'est pas dévoilée et il y a très peu de garanties sur la protection sociale et environnementale. Une certification RJC est souvent la seule garantie qu'une marque puisse revendiquer mais qui sait ce qui se cache réellement derrière le code de pratique, ses critères et engagements... Le marché des diamants et pierres précieuses est tout sauf traçable et transparent ! La raison principale à cette opacité étant la tradition de vendre les pierres précieuses par lots.

Oui, la blockchain a apporté des changements positifs, mais il a été difficile de lier le passeport numérique aux pierres. Oui, le Responsible Jewellery Council a évolué dans la bonne direction avec sa certification du code de pratique, mais il est certain que le développement du marché des diamants de laboratoire a remis en cause le statu quo.

La plupart des producteurs de diamants de laboratoire ont adopté la norme SCS-007 Sustainably Rated Diamond Standard développée par SCS Global Services, qui assure une véritable traçabilité de l'origine avec des garanties sociales et environnementales et intègre une approche zéro carbone. Toutefois, la mise en œuvre de la certification SCS-007 pour les diamants naturels reste un défi : la plupart des producteurs de diamants n'étaient et ne sont toujours pas disposés à divulguer l'origine de leurs mines. Petite anecdote, De Beers utilise la revendication de l'origine Botswana même pour des diamants extraits dans les fonds marins au large de la Namibie.

Outre la certification SCS-007, deux innovations récentes brisent le statu quo et poussent à une traçabilité toujours plus forte : la solution Sarine mise en place par Boucheron sur une partie de sa chaîne d'approvisionnement et la solution Clara développée par Lucara en partenariat avec Sarine, qui met fin à la tradition des lots et promet une traçabilité de la mine à la vitrine.

Autant d’innovations qui ouvrent la voie à de meilleures pratiques et qui, j’en suis convaincue, permettront au secteur du luxe de revendiquer un impact net-positif sur la planète et sur l'humanité par des actions réparatrices, la réhabilitation des écosystèmes et des approches inclusives.  C'est la raison pour laquelle ethiwork crée et soutient des initiatives susceptibles d'entraîner des changements positifs, comme la Watch & Jewellery Initiative 2030, l'Association de la Joaillerie Engagée, le Watch Forum ou encore le Conscious Festival.

Pour aider les marques à embrasser davantage leur responsabilité, ethiwork a développé des formations spécifiques ainsi qu’une plateforme rassemblant les meilleures solutions et innovations pour mesurer, maîtriser, réduire, régénérer, atténuer les impacts sociaux et environnementaux.

Rejoignez-nous et soutenez notre mission au sein du secteur du luxe et la mode pour :
Connaître l’origine
Améliorer l’approche de l’impact social et environnemental tout au long de la chaîne de valeur
Communiquer sur le pourcentage du chiffre d’affaires alloué à la réhabilitation et à l’approche inclusive
Garantir une chaîne d’approvisionnement transparente et traçable jusqu’à l’origine
Encourager une approche de partage et d’équité avec les fournisseurs
Partager les efforts faits pour de véritables pratiques durables et circulaires
Créer, améliorer et encourager les coalitions
Préserver les savoir-faire et le patrimoine immatériel
Créer de nouveaux imaginaires pour donner plus de sens et de conscience à l’artisanat
Encourager les contributions positives


Si vous souhaitez approfondir vos connaissances, consultez notre nouveau site web ethiwork.com, écoutez notre podcast Luxury for good, fouillez dans notre bibliothèque, inscrivez-vous à l'une de nos formation certifiée Qualiopi et abonnez-vous à notre newsletter ainsi qu’à notre base de données “solutions”.


Si vous partagez nos valeurs, n'hésitez pas à rejoindre ethiwork ou son réseau de talents.

credits : What is on the other side of gold is the same as what is on this side, Flore Saunois, 2021

Céline Dassonville

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